Repentir ou culpabilité?

Le carême est la période de pénitence. La pénitence est le printemps de notre âme, le renouveau de notre vie.

La pénitence est totalement opposée au sentiment de scrupule, au complexe de culpabilité, à l’autocritique, mélangée d’autodéfense, qui trouble notre sommeil et paralyse notre esprit.

La pénitence est vivifiante et fertile ; la fausse pénitence – complexe ou scrupule – est stérile, destructrice et nous enchaîne.

Où réside la différence ? La pénitence se place en face de Dieu, les complexes en face de notre personne.

Le pénitent prie : « Seigneur, aie pitié de moi » ; le complexé gémit : « comment ai-je pu faire ceci ou cela ? ».

Le pénitent est centré sur Dieu, le scrupuleux sur son moi.

La pénitence c’est l’amour de Dieu, la culpabilité c’est l’amour-propre.

Le pénitent s’élance vers Dieu miséricordieux plein de bonté, il aspire au pardon et non à la justification. La pénitence s’alimente à l’amour divin blessé.

Comme la poussière par un vent violent, les pensées sombres sont dispersées, la pesanteur et l’ennui quittent l’âme : la légèreté, le calme, la paix, la consolation et la gloire pénètrent en elle : Gloire à Dieu !

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Comment reconnaît-on que l’amour-propre détrône l’amour de Dieu ?

Par le désir de plaire, par une sensibilité aiguë de l’opinion des autres, par la souffrance intérieure devant la critique, par l’exigence d’une justice vis-à-vis de sa personne, par la sensation d’être incompris ou mal jugé, par l’exagération de ses propres fautes, par la mémoire de ses vertus et des services rendus, par la crainte d’exprimer ses vrais sentiments, par le complexe d’infériorité qui peut se transformer en agressivité, par le désir de possession, de jouissance et d’honneur.

L’amour de Dieu naît lorsque l’homme est indifférent à l’amour ou à la haine, à l’admiration ou à la critique portées à sa personne. L’opinion des autres sur lui ne détermine pas sa sensibilité : « j’ai péché contre Toi seul ». Il accepte joyeusement les injustices envers lui, mais s’indignera des injustices envers les autres. Il est sobre et mesuré quant à ses fautes et ses qualités. L’agressivité et la timidité sont étrangères à son âme. La possession, la jouissance et les honneurs ne le touchent pas outre mesure ni ne l’obsèdent.

Afin de passer de l’amour-propre à l’amour de Dieu, du complexe de culpabilité à la pénitence, scrutons notre âme et demandons au Sauveur le pardon de tout ce qui nourrit l’idolâtrie de notre moi. Posons-nous par exemple cette question : « Quand je souffre d’incompréhension, d’affronts de calomnies, suis-je réellement chrétien ? Car cette « souffrance » est un sacrifice à mon idole et non une oblation à Dieu.

Cet état d’âme est un péché ; sans tarder, implorons le pardon divin et reconnaissons notre faiblesse devant nos frères.

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La pénitence peut être personnelle ou collective : l’amour-propre peut aussi bien s’installer dans un groupe que dans une âme. D’une part, un seul membre peut, avec une sensibilité maladive, complexer la collectivité ; il devient irrécupérable si lui-même ne combat pas son propre moi. D’autre part, la collectivité peut se croire lésée par le monde extérieur, rechercher un succès facile, l’appréciation, au lieu de poursuivre l’amour et le pardon de Dieu.

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Je vous en prie, mes fils, que chacun offre sa pénitence et que tous ensemble nous fassions la même – vérifiant autant dans nos communautés, nos paroisses et nos églises – si nous sommes devant Dieu ou devant le moi « haïssable » personnel ou collectif.

P. Placide (Deseille)

publié avec la bénédiction du Monastère de Solan

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